Green IT et impact du numérique : Entre constats et bonnes pratiques

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Mur blanc orné de flèches végétales vertes

Green IT et impact du numérique : un contexte préoccupant //

3,8% des gaz à effet de serre émis dans le monde sont dus au numérique [1]. C’est l’équivalent de la flotte mondiale de camion, et plus que aviation civile (<3%) pourtant souvent pointée du doigt. En 2019, on comptait environ 34 milliards d’équipements, pour 4 milliards d’utilisateurs, ce qui fait de la matérialité la principale source de pollution environnementale du numérique.

Le numérique pose aussi des questions indirectes, voire sociétales. Il y a encore nombre de composants que l’Humain n’arrivera pas à recycler, une extraction des ressources qu’il ne sait maîtriser, ou encore une fracture numérique qui touche 17% de la population [2].

Green IT et impact du numérique : constats chiffrés //

La plus grande part de l’impact du numérique sur l’environnement est incontestablement due à la fabrication parmi toute la durée du cycle de vie des équipements. L’utilisation ne doit toutefois pas être minimisée, notamment en raison de sa consommation d’énergie et en particulier d’électricité. (Voir capture d’écran du rapport de greenit.fr ci-contre[1])

On peut identifier trois types d’acteurs dans le numérique : les utilisateurs, le réseau et les serveurs. Et ce sont les utilisateurs (et leur très nombreux équipesments) qui ont le plus d’impact, loin devant les serveurs et le réseau. Si leurs effets ne sont pas nuls, les très décriés data centers ont un impact plus limité que nous utilisateurs (une récente étude publiée par l’Ademe et l’Arcep [3] les place cependant en 2ème position, mais toujours loin derrière les utilisateurs. (Voir capture d’écran du rapport de greenit.fr ci-contre[1])

En croisant les deux variables cycle de vie et acteurs, on observe que l’impact du numérique incombe principalement aux utilisateurs et à leurs besoins matériels, avec 37% de l’énergie utilisée, 76% des gaz à effet de serre, 86% de l’eau consommée et 79% des ressources matières exploitées. (Voir capture d’écran du rapport de greenit.fr ci-contre[1])

Tableaux représentant les impacts du numérique en France en 2020
Tableau d’ordre de grandeur des émissions de gaz à effet de serre du numérique

Green IT et impact du numérique : quelques ordres de grandeur //

Très médiatisé, l’impact des emails est largement inférieur à d’autres pratiques en termes d’émission de gaz à effet de serre. Par exemple une utilisation classique de 10 emails par jour (sans pièce jointe) pendant 250 jours reviendrait à 10kg d’équivalent C02. Parallèlement, détenir un iPhone équivaudrait à 86kg d’équivalent C02, une Apple Watch 36kg et un Google Home 82kg. Certes, supprimer ses emails, limiter ses pièces jointes restent des bonnes pratiques qu’il faut encourager. Mais elles auront toujours moins d’impact que le fait de garder ses équipements le plus longtemps possible. Et dans notre quotidien, ce qui a le plus d’impact sont les ordinateurs, qu’ils soient portables (380 kg dont près de 300kg pour la fabrication pour un Dell XPS 15’’) ou de bureau (575 kg pour un Dell OptiFlex 5070), mais surtout les écrans. Un écran de bureau 8k 32 pouces représente un équivalent CO2 d’environ une tonne ! Alors que pour rappel, l’objectif pour une neutralité carbone en 2050 est de se limiter à 2 tonnes par personne par an.

En face, et pour donner des ordres de grandeur, un jean en coton « coûte » 23kg, un gigot d’agneau 49kg et un aller-retour Paris Rome en avion 300kg. Ces comparaisons ne sont là pour exonérer les impacts plus médiatiques de la mode, de l’élevage ou de l’aviation, mais bien pour démystifier les croyances qui élèvent le numérique en solution miracle car tout pourrait se faire à distance.

(Voir tableau d’ordre de grandeur des émissions de gaz à effet de serre du numérique – estimations à titre indicatif [4, 5, 6, 7, 8] – en bleu la fabrication, en orange l’utilisation)

Green IT : la naissance d’une prise de conscience //

Pour contrer ces effets prédateurs du numérique sur notre environnement, est née la pratique du Green IT. C’est une branche du numérique responsable qui vise à réduire l’empreinte environnementale du numérique. Le numérique responsable, outre le green IT, comprend également la conception responsable des services numériques et l’IT for Green qui promeut des services liés au développement durable. Laissons ce dernier de côté car il représente des projets en particulier, et non une démarche applicable à tous.

Né dans les années 90, le Green IT se démocratise au début de notre millénaire, notamment à travers des premières lois qui imposent une prise de conscience aux entreprises. Mais comme souvent, ce sont des associations (CIGREF, Greenpeace) ou des initiatives (Climate Savers Computing Initiative, greenit.fr, INR) qui ont proposé les actions les plus avancées. Florilège des plus efficaces d’entre elles, d’une part du point de vue utilisateur et d’autre part à travers la conception.

Capture du rapport de theshiftproject.org représentant la recyclabilité des métaux

Green IT : des bonnes pratiques du côté utilisateur //

En tant qu’utilisateur, il faut se demander ce que l’on peut faire pour réduire son empreinte. Le premier levier est d’agir sur la fabrication des terminaux, car elle a le plus gros impact. Dans cette optique, allonger au maximum la durée de vie des terminaux est l’objectif prioritaire, compte tenu du fait que nous sommes tous déjà sur-équipés. Cela permettra ainsi de relâcher la pression sur la fabrication. A-t-on réellement besoin de renouveler son parc informatique au bout d’un an d’utilisation ? En cas de perte de performance, n’est-il pas plus judicieux d’augmenter la mémoire vive, ou de changer un disque dur ? Mieux encore, ne peut-on pas rendre plus efficaces nos traitements envers nos équipements pour les garder plus longtemps ?

Ce qui amène naturellement vers la deuxième préoccupation : comment réduire notre équipement. Le besoin d’avoir le dernier gadget pour smartphone ou cet écran supplémentaire n’est pas forcément essentiel. Et si le recours à l’achat devient indispensable, il faut invariablement se poser la question comment bien acheter. Cela passe par vérifier lors de l’achat que l’appareil ainsi acquis est réparable (la batterie de ce nouveau smartphone peut-elle être changée ?) et que les pièces seront disponibles pour une durée suffisamment longue [9]. Plus difficile pour une entreprise mais envisageable pour les particuliers : le reconditionnement.

Enfin, pour participer à réduire le nombre de terminaux fabriqués et ainsi son empreinte numérique, la revente est un levier. Il faut ainsi privilégier les solutions qui assurent un réemploi, soit en l’état, soit là aussi grâce aux reconditionneurs. On préférera effectivement le réemploi au recyclage, car on recycle encore très mal nombre de métaux, souvent parce qu’ils sont en quantité infime et qu’il n’existe pas de rentabilité à les extraire pour les traiter séparément. Mais ces quantités infimes dans un terminal, finissent en impact écologique immense multiplié par le nombre de terminaux.

 

(Voir capture du rapport de theshiftproject.org [10])

Le Green IT et l’éco-conception pour le web //

En tant que concepteur, nous avons également un rôle fort à jouer. Côté front, l’enjeu premier est de concevoir des applications légères et efficaces. Cela permet notamment de ne pas pousser à l’obsolescence des appareils anciens. Une application disponible sur de vieux équipements qui consomme peu de bande passante ou peu de puissance processeur n’encouragera pas les utilisateurs à changer leurs appareils pour des plus récents.

Côté Web, les bonnes pratiques sont similaires. Alléger le poids des pages, le nombre de requêtes serveurs ou encore la complexité du DOM, rend un site plus sobre et plus utilisable sur d’anciens terminaux. Outil parmi d’autres, GrennIT Analysis (anciennement ecoindex.fr) permet de mesurer l’efficacité des pages. L’INR (Institut Numérique Responsable) met également une boîte à outils [11] qui regroupe des solutions d’éco-conception et d’accessibilité, voire même plus récemment guide de conception repsonsable [12]

Des applications légères sont également bénéfiques côté utilisation, serveur et réseau, notamment en éliminant les fonctionnalités non essentielles. Plusieurs études (Cast Softwre et Standish Group, notamment) démontrent que 45% ne sont jamais utilisées et que 70% des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont en réalité pas utiles non plus [11]. En réduisant le nombre de fonctionnalités, on réduit donc les requêtes serveurs et la bande passant utilisée notamment, et donc l’impact écologique. On peut également amoindrir le recours à des outils de tracking comme Tag Manager ou Analytics, eux aussi gros consommateurs de ressources.

Enfin, nous pouvons agir côté serveur. Au cœur de la tourmente médiatique, la donnée est souvent pointée du doigt. Compte tenu de sa part de responsabilité sur l’impact du numérique, à tort peut-être, mais cela ne doit pas empêcher d’agir dessus. Combien de données sont collectées, combien de temps est-elle stockée, à quel moment va-t-elle être supprimée ? Ces questions doivent entrer dans les réflexions. Et si possible by design, soit dès la conception l’application ou du site. Framapad, outil de texte collaboratif, demande dès la création du fichier à l’utilisateur quelle sera la durée souhaitée d’existence de son fichier partagé. Une sorte d’expiration by design.

Au-delà d’une bonne pratique, cela permet de faire prendre conscience à l’utilisateur qu’il n’aura pas toujours besoin de ce fichier, et que stipuler une durée de vie à certains fichiers créés est une pratique novatrice et intéressante. En développement, cela se traduit par des pratiques d’éco-conception qui encourage à agir dès le design, le plus en amont possible donc et avant les optimisations.

 

Il existe une foultitude d’autres bonnes pratiques en Green IT. Et chaque pièce participe à l’immensité du puzzle. Si dans chaque projet, programme ou produit, on se pose la question de l’impact, en mettant en tête de la réflexion la consommation de terminaux, alors chaque geste, chaque ligne du cahier des charges, nous conduira dans la bonne direction.

 

[1] https://www.greenit.fr/wp-content/uploads/2021/02/2021-01-iNum-etude-impacts-numerique-France-rapport-0.8.pdf

[2] https://www.vie-publique.fr/en-bref/271657-fracture-numerique-lillectronisme-touche-17-de-la-population

[3] https://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/etude-numerique-environnement-ademe-arcep-volet02-synthese_janv2022.pdf

[4] https://bilans-ges.ademe.fr/

[5] https://www.apple.com/fr/environment/

[6] https://www.fairphone.com/fr/

[7] https://sustainability.google/reports/

[8] https://www.dell.com/en-uk/dt/corporate/social-impact/advancing-sustainability.htm

[9] L’article L. 111-4 du Code de la consommation introduit une obligation d’information sur la période ou la date de disponibilité des pièces détachées.

[10] https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2018/10/2018-10-04_Rapport_Pour-une-sobriété-numérique_Rapport_The-Shift-Project.pdf

[11] https://institutnr.org/liste-doutils-numerique-responsable

[12] https://gr491.isit-europe.org/